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Le chant de la Fourmi

Paresseux — apprends de la fourmi la diligence et la sagesse, et deviens toi aussi un homme d’action et d’effort.

נְמָלָה מָה הִיא אוֹמֶרֶת. לֵךְ אֶל נְמָלָה עָצֵל, רְאֵה דְרָכֶיהָ וַחֲכָם: (משלי ו’ ו’)

« Voici ce que dit la fourmi : “Va vers la fourmi, paresseux ; observe ses voies et deviens sage.” » (Proverbes 6:6)

« לֵךְ אֶל־נְמָלָה עָצֵל » — Toi qui te montres paresseux dans tes actions, contemple la fourmi ; réfléchis à sa conduite et observe comment elle agit sans relâche. Tire d’elle un enseignement de zèle et de diligence. Et si ton intelligence ne suffit pas à éveiller ton cœur par elle-même, alors lève-toi et va réellement voir :
« רְאֵה דְרָכֶיהָ וַחֲכָם » — regarde de tes propres yeux comment elle agit avec ardeur, sans ordre ni contrainte ; peut-être alors s’éveillera en toi une sagesse nouvelle, et désireras-tu toi aussi marcher sur son chemin — dans l’effort, la persévérance et l’assiduité. (d’après Emmanuel HaRomi)

Ce que la fourmi nous enseigne

La fourmi — petite et méprisée aux yeux des hommes — porte pourtant dans son chant une immense leçon morale. Elle n’a ni chef ni gouverneur, et malgré cela elle travaille sans cesse, préparant sa nourriture durant l’été et amassant des réserves pour l’hiver.

Ses voies enseignent à l’homme la diligence, la responsabilité et la sagesse : ne pas consumer immédiatement tout ce qu’il possède, mais préparer le lendemain ; ne pas laisser les choses se perdre par négligence ou oubli.

Ainsi parla le roi Salomon :

« לֵךְ אֶל־נְמָלָה עָצֵל, רְאֵה דְרָכֶיהָ וַחֲכָם. אֲשֶׁר אֵין־לָהּ קָצִין שֹׁטֵר וּמֹשֵׁל. תָּכִין בַּקַּיִץ לַחְמָהּ, אָגְרָה בַּקָּצִיר מַאֲכָלָהּ » (משלי ו’, ו–ח)

« Va vers la fourmi, paresseux ; observe ses voies et deviens sage. Elle n’a ni chef, ni surveillant, ni maître ; pourtant elle prépare en été sa nourriture et amasse pendant la moisson ce qu’elle mangera. »

Cela nous enseigne que même une créature infime, dépourvue de force apparente, parvient par sa sagesse à préserver sa vie grâce à la prévoyance et à la diligence.

Le Malbim explique là un principe très profond : toutes les forces présentes dans la Création existent également dans l’âme de l’homme. Chaque trait que l’on trouve chez les animaux possède sa racine en l’être humain lui-même. Certaines qualités ont été implantées dans les créatures non seulement pour leur survie, mais afin que l’homme apprenne d’elles une voie dans le service de Dieu.

Ainsi, la fourmi fut créée avec la qualité de diligence et de rassemblement afin d’enseigner à l’homme à acquérir la Torah et la sagesse avec persévérance et régularité.

C’est pourquoi Salomon dit :

« רְאֵה דְרָכֶיהָ וַחֲכָם »

« Observe ses voies et deviens sage. »

Non seulement regarde ses actes, mais apprends d’elle une sagesse de vie et un chemin dans le service divin. De même que la fourmi ne gaspille pas son temps et rassemble grain après grain, ainsi l’homme doit accumuler Torah, mitsvot et bonnes actions, jour après jour, jusqu’à bâtir un immense trésor spirituel.

Apprendre de la création… à travers la Torah

Nos sages enseignent dans le traité Erouvin :

« Si la Torah n’avait pas été donnée, nous aurions appris… de la fourmi. »

Le Ben Yehoyada explique toutefois qu’il ne s’agit pas d’imiter les créatures de manière absolue, car chaque être possède aussi ses limites. La fourmi enseigne certes la diligence et l’éloignement du vol, mais elle porte également une tendance à l’accumulation excessive.

Ainsi, depuis que la Torah a été donnée, l’homme n’apprend plus directement des créatures elles-mêmes, mais de la Torah, qui lui enseigne comment discerner le bien et écarter le mauvais.

Tel est le grand principe : la Torah est la lumière du discernement. C’est elle qui apprend à l’homme comment utiliser chaque qualité avec sainteté et équilibre. Non une diligence tournée vers la poursuite de l’argent, mais une ardeur dans le service de Dieu ; non l’accumulation des désirs matériels, mais l’amassement de sagesse et de mitsvot pour la vie éternelle.

Préparer l’avenir spirituel

La fourmi enseigne ainsi à l’homme à ne pas se relâcher dans son service divin ni dans les responsabilités de sa vie. De même qu’elle prévoit les jours d’hiver et prépare sa nourriture en temps voulu, l’homme doit considérer ce monde comme une préparation au monde futur.

Nous trouvons un exemple éclatant chez Joseph le Juste. Durant les années d’abondance en Égypte, il amassa du blé et le conserva dans des réserves afin que, pendant les années de famine, il y ait de quoi nourrir tout le peuple ainsi que ses frères.

Comme le dit la Torah :

וַיִּצְבֹּר יוֹסֵף בָּר כְּחוֹל הַיָּם, הַרְבֵּה מְאֹד » (בראשית מ »א, מ »ט) »

« Joseph entassa du blé comme le sable de la mer, en quantité immense. »

Le Haamek Davar explique : il ne suffisait pas de dire « en très grande quantité », mais « comme le sable de la mer ». De même que le sable résiste aux vagues sans être emporté, ainsi le blé amassé ne se détériora pas, bien qu’il soit normalement destiné à pourrir avec le temps. Cela enseigne que l’effort de Joseph fut préservé par la sagesse divine et par miracle.

La diligence mène à la fidélité

Il est rapporté dans le Séfer HaMidot (chapitre « Zèle ») que grâce à la diligence, l’homme mérite de devenir un berger fidèle.

Un signe à cela se trouve dans les mots :

« לֵךְ אֶל נְמָלָה »

dont les lettres finales forment une allusion au verset :

מִשָּׁ’ם רֹעֶ’ה אֶבֶ’ן יִשְׂרָאֵ’ל » (בראשית מ »ט, כ »ד)« 

« De là est venu le berger, la pierre d’Israël. »

Les disciples rapportèrent de leur maître saint que ces paroles faisaient allusion à Rabbi Nathan, disciple de Rabbi Na’hman de Breslev, connu pour sa grande diligence. Rabbi Na’hman disait de lui que, grâce à son zèle, il mériterait d’être un guide fidèle pour Israël.

Nous apprenons ici une leçon fondamentale : la diligence et l’ardeur ne sont pas des qualités secondaires ; elles sont la clé de toute direction spirituelle et de tout véritable service divin.

Le véritable trésor

Cependant, la racine de toute cette sagesse ne se trouve pas dans la nature elle-même, mais dans la Torah sainte. La nature ne fait qu’allusion ; la Torah révèle l’intériorité et la vérité.

Le saint Zohar (Terouma 161a) enseigne qu’au moment de la création du monde, celui-ci ne possédait pas encore de stabilité parfaite jusqu’à ce que le Saint béni soit-Il crée l’homme afin qu’il étudie la Torah. Par le mérite de la Torah, le monde subsiste.

Dieu regarda la Torah et créa le monde ; et l’homme, lorsqu’il contemple la Torah et s’y attache, participe lui aussi au maintien de toute la création.

Le commentaire du Soulam explique : toute l’existence du monde dépend de la Torah. Heureux l’homme qui s’y consacre, car il devient associé au maintien même de la création.

Ainsi, la fourmi n’enseigne pas seulement une diligence matérielle, mais surtout la manière d’acquérir la Torah. De même qu’elle rassemble grain après grain jusqu’à former un trésor immense, ainsi la Torah s’acquiert lentement et avec persévérance : loi après loi, prière après prière, bonne action après bonne action.

Aucune petite chose accumulée dans la sainteté ne disparaît jamais.

Les allusions profondes de la fourmi

Il existe une allusion merveilleuse : le mot « נמלה » possède la même valeur numérique que les mots :

« כִּי־טוֹבָה חׇכְמָה »

tirés du verset :

כִּי־טוֹבָה חׇכְמָה מִפְּנִינִים וְכׇל־חֲפָצִים לֹא יִשְׁווּ־בָהּ » (משלי ח’, י »א)« 

« Car la sagesse est plus précieuse que les perles, et aucun trésor ne peut lui être comparé. »

Cela enseigne que le véritable trésor de l’homme n’est ni l’argent ni les possessions, mais la sagesse de la Torah, plus précieuse que toutes les richesses du monde.

Une autre allusion apparaît dans le mot « נמלה », dont les lettres évoquent « למנה » — « une part réservée », comme il est dit :

וְהָיָה לְךָ, לְמָנָה » (שמות כ »ט, כ »ו)« 

« Cela sera pour toi une part réservée. »

Tout ce que l’homme rassemble dans la sainteté devient une part éternelle conservée pour le monde futur.

Un message pour l’âme

Toi aussi, âme précieuse, apprends de la fourmi à ne pas gaspiller tes jours en vain. Ne dis pas : « Demain j’étudierai », « demain je prierai », « demain je me corrigerai ». Car la fourmi accumule peu à peu, et finit par constituer un immense trésor.

Ainsi, chaque parole de Torah, chaque instant de prière, chaque petit effort pour vaincre le mauvais penchant s’additionnent et construisent le trésor de ton âme.

Ne méprise jamais les petits actes. La fourmi, l’une des plus petites créatures, porte pourtant une immense sagesse dans son chant. Elle enseigne que la grandeur ne dépend pas de la taille, mais de la persévérance et de la fidélité.

De même que la fourmi prépare sa nourriture pour l’hiver, l’homme doit préparer de la lumière pour les jours d’obscurité. Car la Torah et les mitsvot sont la véritable nourriture de l’âme, le bien éternel qui ne disparaît jamais.

Tel est le secret du chant de la fourmi : rassembler la sagesse, accumuler la sainteté, et construire lentement, avec constance, le trésor éternel de l’âme.

Toi aussi, âme précieuse, n’attends pas que le froid arrive pour chercher la chaleur, ni que le pain manque pour commencer à faire des réserves. Chaque jour est une occasion de te préparer — par l’étude, la prière et les bonnes actions — au jour où tu te tiendras devant ton Créateur.

Comme la fourmi conserve peu à peu jusqu’à remplir ses réserves, ainsi dois-tu accumuler chaque jour un instant de sainteté, une pensée pure, une parole de vérité.

Ne dis jamais : « Demain je changerai. »
Car celui qui n’amasse pas aujourd’hui connaîtra le manque demain.

Chaque mitsva, chaque petit effort, est un grain à partir duquel se construit la perfection de l’âme.

« לֵךְ אֶל נְמָלָה עָצֵל, רְאֵה דְרָכֶיהָ וַחֲכָם »

« Va vers la fourmi, paresseux ; observe ses voies et deviens sage. »

Car celui qui apprend de ses chemins transforme chaque instant de sa vie en trésor éternel, et chaque petit acte devient une pierre du monde éternel que son âme construit pour elle-même.