Des extrémités de la terre s’élèvent un chant et une gloire pour les justes qui accomplissent Sa volonté.
LA TERRE DIT : « Des extrémités de la terre, nous avons entendu des chants : Gloire au juste ! »
Leçons du cœur
Contemple le secret des bons points qui se trouvent en tout lieu, car la terre nous enseigne que même des endroits les plus éloignés et les plus délaissés — « des extrémités de la terre » — s’élève un chant vers le Créateur.
L’enseignement profond qui se trouve ici est qu’aucun homme et aucun endroit ne sont trop éloignés de Hachem, béni soit-Il. Même lorsqu’un homme a l’impression de se trouver dans une « extrémité », aux limites de la sainteté ou au bord du désespoir, c’est précisément de là que peut jaillir le chant le plus doux.
Le véritable renforcement consiste à rechercher le « gloire au juste », le charme et la splendeur qui sont cachés dans chaque épreuve et dans chaque chute. Sache que le Créateur désire les chants qui s’élèvent de l’obscurité plus que tout autre chant.
Lorsque tu trouveras en toi un seul bon point et que tu chanteras à son sujet, tu seras considéré comme un « juste », ton âme trouvera la sérénité et tu seras relié à la racine de la vie.
Souviens-toi que chaque mouvement que tu accomplis en direction du bien apporte une grande satisfaction au Créateur, et que ton chant est entendu dans tous les mondes comme un hymne à la victoire de la lumière sur l’obscurité.
Mon cœur Te parle
Maître du monde, Toi qui choisis les chants de louange, accorde-nous, dans Ta grande miséricorde, le mérite d’élever devant Toi notre voix dans le chant, avec joie et allégresse. Je T’en prie, Hachem, accomplis en nous le verset qui est écrit : « Des extrémités de la terre, nous avons entendu des chants », et accorde-nous le mérite de rechercher et de recueillir tous les bons points qui se trouvent en chacun des membres d’Israël, afin d’en construire des édifices de sainteté et d’en faire des chants et des mélodies saintes qui s’élèveront devant Toi avec une immense joie.
Plein de miséricorde, « Tu saisis les extrémités de la terre et Tu en secoues les méchants », et fais-nous entendre la mélodie et le chant supérieur qui se prolongent d’une foi véritable, dont la force est d’annuler du cœur toute déformation et toute confusion.
Aie pitié et miséricorde de Ton peuple et de Ton héritage, de la gloire des armées, objet de Ta précieuse affection, et accorde-nous le mérite de nous rapprocher et de nous inclure parmi les véritables justes, ceux que Tu as choisis pour faire revivre Ton peuple, la maison d’Israël.
Aide-nous à faire sortir de notre bouche des paroles de vérité et de chant qui illumineront au plus profond de l’obscurité, qui s’élèveront devant Toi comme un parfum agréable et qui construiront la stature de la Ché’hina.
Et par le mérite de « gloire au juste », accorde-nous de croire au véritable juste, dont les paroles sont remplies de secrets et de prodiges. Par son intermédiaire, nous mériterons de sortir de l’exil dans le chant, la joie et une grande allégresse.
ÉTUDE APPROFONDIE
AU CŒUR DES MOTS
Le chant peut naître même de l’endroit le plus éloigné
Contemple le secret du chant qui finit par naître même des lieux les plus éloignés, car la terre nous enseigne qu’aucune distance, aucune obscurité et aucun exil ne sont capables d’étouffer définitivement la louange destinée à Hachem.
Il existe des endroits de l’existence où l’homme ne voit encore ni délivrance ni lumière. Il se croit arrivé à une extrémité, loin de ce qu’il espérait devenir, loin de la clarté qu’il avait autrefois connue. Pourtant, le prophète entend précisément « des extrémités de la terre » s’élever un chant.
Ce détail est essentiel.
Le chant ne vient pas seulement du centre, d’un homme arrivé à la perfection ou d’une existence déjà réparée.
Il vient de la limite, de l’endroit éloigné.
Comme si la terre proclamait :
même là où tu crois être arrivé trop loin, un chant peut encore commencer.
La terre pleure avant de chanter
Le Yalkout Chimoni donne à ce verset une profondeur extraordinaire. Il décrit les cieux qui chantent tandis que la terre se plaint. Les cieux jouissent davantage du rayonnement de la Chékhina, tandis que la terre porte un monde soumis au travail, au manque et à la mortalité.
La terre pleure.
Mais Hachem lui répond en substance :
« Toi aussi, tu es destinée à chanter. »
Et le Midrach apporte précisément notre verset :
« Des extrémités de la terre, nous avons entendu des chants. »
Son chant n’est donc pas celui d’une créature qui n’a jamais connu la souffrance.
Il est le chant d’une créature qui a d’abord pleuré.
Voilà pourquoi sa Chira possède une puissance particulière. Le chant des cieux révèle la perfection ; le chant de la terre révèle la transformation.
Ce qui pleure aujourd’hui peut encore chanter demain.
Cette promesse ne nie pas les larmes. Elle leur refuse seulement le droit d’écrire le dernier chapitre.
L’homme commet souvent l’erreur de regarder son état présent et d’en déduire son avenir. Parce qu’il est tombé, il pense qu’il restera à terre. Parce qu’une prière n’a pas encore été exaucée, il pense qu’elle n’a produit aucun effet. Parce qu’une partie de son âme s’est refroidie, il croit qu’elle ne se réveillera jamais.
La terre enseigne le contraire.
Ne désespère pas des « extrémités » de ton âme
Le Malbim voit dans les chants qui viennent des extrémités de la terre ceux d’Israël dispersé au loin, lorsque commence à apparaître la délivrance.
Il existe donc une relation profonde entre l’éloignement et le chant.
Plus quelque chose a été dispersé, plus son rassemblement peut révéler la grandeur de Hachem.
Il existe également en chacun des « extrémités de la terre » intérieures : des habitudes jamais entièrement réparées, des blessures anciennes, des pensées que l’on préfère cacher, des domaines où l’homme se sent éloigné de ce qu’il voudrait être.
Le verset vient précisément chercher ces endroits.
« Des extrémités de la terre, nous avons entendu des chants. »
Pas seulement du centre de ton être.
Même de tes extrémités.
Même de ce qui paraît encore éloigné.
Même de l’endroit où tu pensais qu’aucune sainteté ne pourrait plus se révéler.
Quelque chose peut encore y devenir Chira.
« Gloire au juste » : la force de se relever
Rachi explique que « Gloire au juste » annonce finalement un relèvement et une stabilité pour les justes.
Le chant contient donc une idée de Tékouma, la capacité de se relever et de tenir debout.
La perfection n’est pas de n’être jamais tombé.
Dans ce monde, il existe des erreurs, des échecs et des périodes où l’homme perd son équilibre.
La véritable question devient :
peux-tu te relever ?
Tu peux avoir connu une chute sans être défini par elle.
Tu peux avoir traversé une obscurité sans devenir l’obscurité.
Tu peux avoir perdu une bataille sans que toute la guerre spirituelle soit terminée.
Tant que l’homme est vivant, la possibilité du retour demeure.
Et parfois, la Chira la plus profonde n’est pas celle que l’homme chantait avant sa chute, mais celle qui naît lorsqu’il découvre que Hachem lui a donné la force de se relever.
Il comprend alors que sa relation avec Hachem ne reposait pas uniquement sur sa propre force, mais également sur la miséricorde de Celui qui l’attendait.
La Guéoula rassemble ce qui était dispersé
L’exil possède une caractéristique particulière :
il disperse.
Il disperse les personnes, les pensées et les forces de l’âme.
L’homme peut vivre lui aussi une forme d’exil intérieur lorsqu’il n’arrive plus à rassembler ses forces autour d’un même centre. Une partie de lui veut prier, une autre poursuit ses préoccupations ; une partie aspire à la Torah, une autre est absorbée par la matière ; une partie croit profondément, tandis qu’une autre a peur.
La Guéoula intérieure commence lorsque ces forces retrouvent progressivement une direction commune.
Et lorsque ce rassemblement s’opère, même partiellement, un chant devient possible.
L’homme découvre alors que certaines années qu’il considérait comme perdues lui ont appris l’humilité ; qu’une épreuve qu’il voyait comme une interruption l’a obligé à chercher Hachem plus profondément ; qu’une faiblesse qu’il voulait cacher est devenue précisément l’endroit où il a appris à prier.
Les fragments commencent à se réunir.
Et de ce rassemblement naît une mélodie.
Apprendre à entendre les chants cachés
Le verset ne dit pas seulement que des chants existent.
Il dit :
« nous avons entendu des chants. »
Il existe dans le monde beaucoup plus de sainteté que ce que l’homme perçoit.
Beaucoup de prières sont dites dans le secret. Beaucoup de combats spirituels ne sont connus de personne. Une personne peut sembler ordinaire et mener intérieurement une bataille extraordinaire pour conserver son Émouna, sa pureté ou sa patience.
Le Perek Chira apprend justement à développer cette oreille.
Il existe une musique cachée dans la réalité.
Il faut savoir écouter derrière le bruit.
Une personne éloignée peut ressentir soudain le désir d’ouvrir un Téhilim.
Un homme qui avait abandonné peut recommencer à prier.
Une personne peut réussir une seule fois à retenir une parole qu’elle aurait autrefois prononcée.
Cela paraît petit.
Mais peut-être est-ce déjà une première note venant de l’extrémité de la terre.
Ne demande pas à une première note d’être immédiatement toute la mélodie.
Protège-la.
Renforce-la.
Ajoute une seconde note.
Puis une troisième.
La constance transforme progressivement les sons isolés en Nigoun.
Lorsque la Torah entre dans la terre
Le Zohar rapporte qu’au moment où Israël entra en Erets Israël avec l’Arche sainte, des chants et de la joie furent entendus depuis la terre.
Le chant de la terre se relie ainsi à la Torah.
La terre ne parvient pas à sa véritable joie simplement lorsqu’elle est possédée.
Elle chante lorsque la Torah entre en elle.
Une maison appartient véritablement à Hachem lorsque Sa Torah y entre. Une table peut devenir sainte lorsqu’on y prononce des bénédictions et qu’on y partage des paroles de Torah. Un commerce participe au chant lorsqu’il est conduit honnêtement. Un corps devient instrument de sainteté lorsqu’il sert les Mitsvot.
La sainteté ne consiste pas à abandonner la terre, mais à faire entendre sur la terre quelque chose qui vient du Ciel.
Le Zohar rapproche encore notre verset des chants qui s’élèvent dans la nuit. Il existe un chant du jour, lorsque l’homme voit clairement la bonté de Hachem, et un chant de la nuit, lorsque l’homme ne comprend pas encore mais choisit malgré tout de préserver son lien.
Cette Chira ne nie pas l’obscurité.
Elle refuse simplement de lui donner le dernier mot.
Ajouter du souffle de vie
Rabbi Naḥman rattache « l’extrémité de la terre » aux coins du Tsitsit et les chants à un roua’h ‘haïm, un souffle de vie. Il les rapproche du violon du roi David, qui se mettait à jouer sous l’effet du vent.
Le chant naît lorsque le souffle rencontre les cordes.
Il en est ainsi de l’âme.
Hachem donne le souffle de vie, mais l’homme doit devenir un instrument capable de transformer ce souffle en Chira.
Rabbi Naḥman enseigne aussi que ce roua’h ‘haïm peut s’opposer au roua’h séara, au vent de tempête qui disperse l’homme.
L’homme pense parfois qu’il doit vaincre l’obscurité uniquement en combattant directement toutes ses mauvaises pensées.
Rabbi Naḥman révèle une autre voie :
ajoute du souffle de vie.
Ajoute une parole de Torah.
Ajoute un Téhilim.
Ajoute une Mitsva.
Ajoute quelques minutes de Hitbodédout.
Ajoute une bonne parole donnée à quelqu’un.
Il existe des ténèbres que l’on ne chasse pas seulement en les combattant.
On les chasse en allumant une lumière.
Une tempête fait beaucoup de bruit. Une graine, elle, ne fait aucun bruit lorsqu’elle commence à pousser.
Ne mesure donc pas les forces uniquement au bruit qu’elles font.
Le bien travaille souvent silencieusement.
Le chant commence parfois avant que la délivrance soit visible
La terre enseigne enfin la patience.
Une graine déposée en elle disparaît d’abord sous la surface. Celui qui ignore le fonctionnement de la croissance pourrait croire qu’elle a été perdue.
Pourtant, précisément sous la terre commence un processus nouveau.
Ainsi, certaines choses confiées à Hachem semblent disparaître : une prière, un effort, un acte de bonté, une larme.
L’homme ne voit pas toujours ce qu’ils produisent.
Mais l’invisible n’est pas nécessairement le vide.
Une grande partie de la croissance se déroule là où les yeux ne peuvent pas suivre.
Le verset nous invite donc à écouter avant même de voir.
Une meilleure réaction là où autrefois tu te serais emporté.
Une prière que tu recommences.
Une relation que tu essaies de réparer.
Un peu plus de patience.
Un peu plus de gratitude.
Tu pourrais dire :
« Ce n’est presque rien. »
Mais peut-être est-ce déjà le chant provenant de l’extrémité de la terre.
Sache donc, âme précieuse, que même lorsque tu te sens arrivé à l’une des « extrémités de la terre », loin de la lumière que tu voudrais atteindre, ne crois jamais que cet endroit est trop éloigné pour Hachem. La terre elle-même a pleuré devant Lui, et Hachem ne lui a pas répondu que sa douleur était imaginaire : Il lui a promis qu’un jour elle aussi chanterait. Garde cette promesse au fond de toi. Ce qui aujourd’hui est encore une larme peut un jour devenir une Chira ; ce qui est dispersé peut être rassemblé ; ce qui est tombé peut recevoir une Tékouma ; et même la partie de ton âme que tu crois la plus éloignée peut devenir l’endroit d’où s’élèvera ta louange la plus profonde. Ne laisse donc pas le vent de tempête décider de ton avenir. Fais entrer dans ta vie le roua’h ‘haïm : une parole de Torah, une prière sincère, un Téhilim, une Mitsva accomplie avec fidélité, une bonne action, un petit recommencement. Tu n’as pas besoin d’entendre immédiatement toute la mélodie. Protège simplement la première note. Hachem peut la relier à une seconde, puis à une troisième, jusqu’à ce que tu découvres qu’au cœur même de ce que tu appelais autrefois ton éloignement se préparait déjà ton retour. Alors tu comprendras pourquoi le prophète entendit les chants précisément depuis les extrémités de la terre : parce qu’aucun endroit n’est trop lointain pour être ramené à sa Source, et cette certitude donnera à ton âme la force d’espérer, de se relever et de marcher vers Hachem avec confiance, jusqu’à la véritable sérénité.

