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LE GAN EDEN

Une prière pour éveiller l’esprit, afin que le parfum des œuvres des justes s’élève et trouve grâce devant le Créateur.

LE GAN EDEN DIT : « Réveille-toi, nord, et viens, sud ; souffle sur mon jardin, que ses parfums s’écoulent. Que mon bien-aimé vienne dans son jardin et qu’il mange les fruits délicieux. »

Leçons du cœur

Contemple le secret de l’éveil au service du Créateur, car le Gan Eden nous enseigne que la finalité de l’homme est de devenir un jardin pour la Ché’hina.

L’enseignement profond qui se trouve ici est que chaque bon point qu’un homme fait émerger de lui-même est un parfum subtil qui réjouit le Créateur.

Le véritable renforcement consiste à appeler tous les « vents », aussi bien le nord froid que le sud chaleureux, afin qu’ils insufflent en nous une vitalité qui permette au bien qui se trouve en nous de passer de la potentialité à la réalité.

Sache que le Créateur attend de venir dans « Son jardin », au cœur même de ton cœur. Lorsque tu transformeras tes actes en un parfum agréable pour Hachem, ton âme trouvera la sérénité, libérée des luttes du mauvais penchant, et tu mériteras de ressentir la douceur et l’éclat de la Ché’hina qui réside en toi.

Mon cœur Te parle

Maître du monde, plein de miséricorde, « Réveille-toi, nord, et viens, sud ; souffle sur mon jardin, que ses parfums s’écoulent ». Dans Ta grande miséricorde, accorde-moi le mérite d’éveiller le bien caché dans mon âme et d’attirer sur moi un souffle de vie et de sainteté provenant des véritables justes.

Je T’en prie, fais couler le fleuve qui sort du Gan Eden afin d’abreuver le jardin saint, qui est la racine de nos âmes, jusqu’à ce que nos âmes se multiplient et s’épanouissent au sein du jardin de la Torah.

Accorde-moi le mérite que mes bons parfums s’écoulent, en me permettant de rechercher et de trouver constamment les bons points qui sont en moi et en chacun d’Israël, et d’en faire des chants et des mélodies qui élèveront devant Toi un parfum agréable.

Aide-moi à purifier mes actes et mes paroles, jusqu’à ce qu’ils soient tous saints et purs, dignes de s’unir à Toi avec amour.

« Que mon bien-aimé vienne dans son jardin et qu’il mange les fruits délicieux » — Aie pitié de nous et accorde-nous le mérite d’accomplir dans sa plénitude le Yi’houd de Koudcha Berikh Hou et de Sa Ché’hina.

Je T’en prie, que Ta miséricorde s’éveille envers nous et éclaire-nous de l’éclat de la connaissance sainte, afin que nous méritions de Te connaître et de nous attacher véritablement à Toi, et que Ta Ché’hina se réjouisse constamment avec nos âmes.

L’œuvre de Tes mains

Le Gan Eden n’est pas seulement un lieu magnifique ; il représente avant tout un état de proximité.

Nos Sages nous enseignent que dans le Gan Eden, l’âme n’est plus troublée par les voiles et les masques. Elle perçoit la vérité telle qu’elle est. Son plaisir n’est aucunement matériel : c’est une joie délicate qui naît de la perception du Créateur et du sentiment de se trouver enfin à sa véritable place.

Une chose merveilleuse est enseignée dans les paroles de nos Sages : dans le Gan Eden, il n’existe ni jalousie ni compétition, car chaque âme reçoit pleinement sa part. Chaque bonne action accomplie par l’homme dans ce monde se révèle là-bas comme une lumière et comme un parfum agréable, et l’âme se délecte de ce qu’elle a semé durant sa vie.

Et voici la grande merveille : le Gan Eden n’est pas seulement une récompense réservée à l’avenir. Une lumière qui en émane peut déjà se révéler ici-bas, lorsque l’homme transforme son cœur en un jardin vivant, rempli d’humilité, de pureté et de bonnes actions.

Alors l’homme commence à percevoir en lui-même quelque chose du parfum du Gan Eden et comprend que le chemin qui y mène se construit chaque jour, pas après pas.


ÉTUDE APPROFONDIE

AU CŒUR DES MOTS

Réveiller ce qui dort encore dans l’âme

Contemple le secret du jardin intérieur qui attend d’être réveillé, car de nombreux parfums peuvent être présents dans l’âme sans encore se révéler. Un jardin peut contenir des arbres, des fleurs et des aromates précieux, mais tant que le vent ne les traverse pas, leur parfum demeure caché.

Ainsi en est-il de l’homme : Hachem a déposé en lui des forces de sainteté, des désirs purs, une capacité de prier, d’aimer, de donner et de s’attacher à Lui, mais ces trésors peuvent parfois demeurer comme endormis.

Le verset commence donc par un appel :

« Réveille-toi. »

Le Yalkout Chimoni relève précisément ce mot et l’explique comme une chose qui dormait et qui s’est réveillée. Il rattache également le verset au rassemblement des exilés.

Ces deux enseignements dessinent un même mouvement : quelque chose était endormi ou éloigné, quelque chose se réveille, ce qui était dispersé revient, et ce qui revient peut alors être rapproché de Hachem.

L’homme possède parfois en lui des parties qui ressemblent à un exil : une prière devenue mécanique, une résolution abandonnée, une sensibilité spirituelle recouverte par les préoccupations quotidiennes.

Ces choses ne sont pas toujours mortes.

Elles peuvent simplement dormir.

Le nord : servir même sans ressentir

Le Yalkout Chimoni associe le nord à l’Ola, le sacrifice entièrement élevé vers Hachem.

L’Ola enseigne une forme de don total. Certaines choses sont accomplies simplement parce qu’elles appartiennent à Hachem.

Une Mitsva peut être précieuse même lorsque tu n’en ressens pas immédiatement la lumière. Une prière peut être immense même lorsqu’elle te semble sèche. Une fidélité peut monter très haut précisément lorsqu’elle n’est pas soutenue par une émotion agréable.

C’est peut-être cela aussi, réveiller le nord : réveiller en soi la faculté de servir Hachem même lorsque le jardin ne répand pas encore son parfum.

Le Zohar approfondit cette image et relie le vent du nord à la nuit, à l’éveil de la pensée et au violon du roi David qui se met à jouer à minuit.

Avant qu’une action change, une pensée s’éveille. Avant qu’une Téchouva devienne visible, quelque chose bouge secrètement dans le cœur.

Une petite pensée traverse peut-être l’esprit de l’homme :

« Je voudrais revenir. »

Il ne faut pas mépriser ce premier mouvement. Le vent a déjà pénétré dans le jardin.

Le sud : retrouver la paix intérieure

Puis vient la deuxième parole :

« Viens, sud. »

Le Yalkout Chimoni rattache le sud aux Chelamim, les sacrifices de paix. Le Zohar développe cette idée et explique que les Chelamim représentent une paix qui unit les mondes supérieurs et inférieurs.

L’ordre du verset devient magnifique : d’abord l’éveil, l’effort et le sacrifice ; ensuite la paix.

L’homme voudrait parfois commencer immédiatement par la douceur, la lumière et la sérénité. Mais certaines paix ne peuvent venir qu’après qu’une partie endormie de l’âme a été réveillée.

La véritable paix n’est pas seulement l’absence de conflit. Elle apparaît lorsque les différentes forces de l’homme commencent à retrouver leur juste place.

Le cœur, la pensée et l’action commencent progressivement à se diriger vers un même but.

Le vent révèle le parfum caché

« Souffle sur mon jardin, que ses parfums s’écoulent. »

Le parfum peut être caché dans une fleur sans que personne ne le perçoive. Puis le vent passe, et ce qui était enfermé se répand au loin.

Il en est ainsi des bonnes qualités de l’âme.

Un homme peut porter en lui une grande Émouna sans avoir encore traversé l’événement qui la révélera. Il peut posséder une patience qu’il ne connaît pas lui-même.

Puis vient le vent.

Une difficulté.

Une responsabilité.

Une rencontre.

Et ce qui était caché apparaît.

Le vent n’a pas créé le parfum. Il l’a révélé.

Nous ne prétendons pas connaître la raison de chaque épreuve. Mais il existe des circonstances qui révèlent ce que les périodes faciles laissaient caché.

« Mon jardin » devient « Son jardin »

Le verset poursuit :

« Que mon bien-aimé vienne dans son jardin. »

Il y a ici un changement extraordinaire.

Au début : « mon jardin ».

Puis : « son jardin ».

L’homme doit travailler comme si le jardin lui avait été confié. Il doit planter, arroser, tailler et protéger. Mais lorsqu’il demande que le Bien-aimé entre, il reconnaît la vérité la plus profonde :

ce jardin Lui appartient.

Le véritable accomplissement n’est pas de pouvoir dire : « Regardez le beau jardin que j’ai construit », mais : « Que le Bien-aimé vienne dans Son jardin. »

Que ma Torah ne serve pas ma fierté, mais Sa Présence. Que ma générosité ne soit pas un moyen de recevoir des honneurs. Que même mes progrès spirituels ne deviennent pas une nouvelle forme d’ego.

Le véritable Gan Eden est une rencontre

Le Zohar décrit Hachem se révélant dans le Gan Eden à minuit afin de se réjouir avec les Tsadikim. À ce moment retentit précisément notre verset.

Le Gan Eden n’est donc pas seulement un lieu de beauté.

Il est un lieu de rencontre.

Tout son parfum conduit à une présence. Tous ses fruits deviennent précieux parce que le Roi vient dans Son jardin.

Voilà également la définition du Gan Eden intérieur. L’homme pourrait posséder de nombreuses connaissances spirituelles et pourtant demeurer loin. Le véritable Gan Eden commence lorsqu’il comprend que les Mitsvot, la Torah et les bonnes Midot ont une direction commune :

faire de la place à Hachem.

Une petite prière dite avec vérité, une parole retenue pour ne pas blesser, un acte de Tsedaka accompli discrètement, quelques minutes de Torah offertes au milieu d’une journée chargée : ce sont autant de parfums qui disent « Viens dans Ton jardin. »

Le Yalkout Chimoni rattache encore notre verset au rassemblement des exilés. Cette idée possède son reflet dans l’âme : l’exil intérieur disperse les forces ; la Guéoula les rassemble. La Téchouva devient ainsi un Kibbouts Galouyot intérieur, un rassemblement des parties de l’âme qui s’étaient éloignées.

Sache donc, âme précieuse, que ton cœur lui aussi est un jardin dans lequel Hachem a déposé bien davantage que ce que tu vois aujourd’hui. Ne crois pas que les forces qui se sont refroidies en toi soient nécessairement perdues ; certaines sont seulement endormies et attendent que tu leur dises : « Réveille-toi. » Réveille une ancienne prière, quelques minutes de Torah, une Mitsva que tu accomplissais autrefois avec davantage de cœur. Et si le vent du nord traverse parfois ta vie sous la forme d’une exigence ou d’un combat intérieur, demande qu’il ne passe pas inutilement mais qu’il révèle un parfum jusque-là caché. Puis appelle aussi le vent du sud, le souffle de l’amour et du Chalom. Ne cherche pas seulement à construire un beau jardin pour toi-même. Souviens-toi qu’au terme du verset, « mon jardin » devient « Son jardin ». Tout ton travail possède un seul désir profond : que le Bien-aimé puisse entrer. Alors les parties dispersées de ton âme reviendront peu à peu de leur exil intérieur, et ce que tu croyais stérile pourra produire de nouveaux fruits, jusqu’à remplir ton âme de parfum, d’amour, de paix et de profonde sérénité.