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LES FLEUVES

Toute la nature se réjouit et célèbre ensemble l’œuvre des mains du Créateur.

LES FLEUVES DISENT : « Les fleuves frappent des mains, ensemble les montagnes chantent de joie. »

Leçons du cœur

Contemple le secret de la joie au cœur du dépassement des obstacles, car les fleuves nous enseignent que c’est précisément leur rencontre avec les pierres qui fait naître le son et le chant.

L’enseignement profond qui se trouve ici est que toute difficulté dans la vie de l’homme n’est qu’une occasion de « frapper des mains », en signe de reconnaissance pour chaque pas accompli.

Le véritable renforcement consiste à continuer sans cesse à avancer et à ne pas rester immobile, car le mouvement vers le Créateur fait chanter toutes les dimensions de l’âme.

Sache que le Créateur dirige le chemin de ta vie avec une sagesse merveilleuse, qui unit même les montagnes les plus difficiles à franchir à une explosion de joie.

Lorsque tu comprendras que tout ton courant te conduit vers le bien absolu, ton âme trouvera la sérénité face à toute opposition intérieure, et tu mériteras de danser la danse de la vie avec toute la Création.

Mon cœur Te parle

Maître du monde, Maître de la joie et de l’allégresse, Toi dont la joie réside dans Ta demeure, accorde-moi, dans Ta grande miséricorde, une immense joie, toujours. Je T’en prie, Hachem, aide-moi à éveiller dans mon cœur une joie véritable pour Ton grand Nom, jusqu’à ce que la joie sainte se répande jusque dans mes mains et mes pieds, et que je mérite de frapper des mains et de danser des danses de sainteté.

Par le fait de frapper main contre main dans ma prière, avec un grand enthousiasme et une immense joie, puissé-je mériter d’adoucir tous les Dinim qui pèsent sur moi et sur tout Ton peuple, la maison d’Israël.

Plein de miséricorde, hâte et précipite notre délivrance, une délivrance complète, et puissions-nous mériter de sortir de l’exil dans une immense joie et dans la paix. Alors la joie grandira dans le monde entier, le règne de la méchanceté sera anéanti et les idoles seront entièrement retranchées.

Et que s’accomplisse en nous le verset qui est écrit : « Car c’est dans la joie que vous sortirez et dans la paix que vous serez conduits ; les montagnes et les collines éclateront devant vous en chants de joie, et tous les arbres des champs frapperont des mains ».

Et puissions-nous mériter le jour où Ton unité et Ton unicité seront révélées à tous les habitants du monde. Alors, dans une grande abondance d’allégresse et de chants, toutes les œuvres de la Création s’éveilleront pour Te louer, comme il est écrit : « Les fleuves frapperont des mains, ensemble les montagnes chanteront de joie ».

L’œuvre de Tes mains

Le fleuve est un étonnant mécanisme naturel d’autoépuration.

Au cours de son écoulement, l’eau se mélange à l’oxygène présent dans l’air et favorise l’activité de « bonnes » bactéries qui se nourrissent des polluants.

Lorsqu’un fleuve s’écoule sur des pierres et des roches calcaires, des processus naturels peuvent contribuer à améliorer la qualité de son eau. Une eau devenue plus claire n’est toutefois pas nécessairement potable.


ÉTUDE APPROFONDIE

AU CŒUR DES MOTS

Lorsque toute la Création entre dans la joie

Contemple le secret de la joie qui finit par saisir toute la Création, car après le tumulte des mers vient maintenant une image entièrement différente. Les eaux ne rugissent plus seulement devant la puissance de Hachem : les fleuves frappent des mains, et les montagnes elles-mêmes se joignent à leur chant.

Le Psaume 98 décrit une révélation si grande de la royauté de Hachem que le monde entier semble devenir un immense chant : la mer retentit, le monde et ses habitants se réjouissent, les fleuves applaudissent et les montagnes chantent ensemble « devant Hachem, car Il vient juger la terre » (Psaumes 98, 9).

Le mot « jugement » pourrait sembler appeler la crainte. Pourtant, le verset parle de joie.

Pourquoi ?

Parce qu’il existe un moment où le jugement de Hachem ne sera plus perçu comme un événement obscur dont l’homme ne comprend pas la direction, mais comme la révélation éclatante que le monde possède un Maître, que le bien et le mal ne sont pas équivalents et que l’histoire avance vers une justice véritable.

La Création entière pourra alors dire :

enfin, chaque chose retrouve sa place.

Et lorsqu’un ordre véritable revient, la joie devient possible.

Le fleuve ne cesse jamais d’avancer

La mer peut donner l’impression d’une immensité immobile. Le fleuve, lui, possède une autre caractéristique :

il avance.

Il descend des hauteurs, traverse des plaines, contourne des rochers, franchit des rétrécissements et poursuit continuellement son chemin vers sa destination.

Il ne demande pas que le paysage devienne parfaitement droit pour avancer.

Il trouve un passage.

Cette image parle profondément à l’homme.

Nous imaginons parfois que nous pourrons progresser spirituellement lorsque les obstacles auront disparu : lorsque nous aurons davantage de temps, moins de préoccupations, une situation plus simple, un caractère déjà plus facile à maîtriser.

Le fleuve enseigne une autre voie.

Avance à travers le paysage qui t’a été donné.

Une pierre ne signifie pas nécessairement la fin du chemin.

Le courant la contourne.

Lorsqu’un passage devient étroit, il continue malgré tout.

Même un petit mouvement vers Hachem reste un mouvement.

Une page de Torah.

Une prière reprise après une interruption.

Une parole retenue.

Une Mitsva accomplie malgré la fatigue.

Le fleuve ne mesure pas son existence à la distance qu’il lui reste à parcourir.

Il continue à couler.

Frapper des mains : lorsque la joie atteint le corps

Le verset ne dit pas seulement que les fleuves « se réjouissent ».

Il leur donne un geste :

« Les fleuves frappent des mains. »

Rabbi Naḥman accorde une importance particulière à ce mouvement. Dans le Likoutey Moharan, il enseigne que le fait de danser et de frapper une main contre l’autre provient de la joie du cœur. Lorsque le cœur se remplit de joie, celle-ci ne reste plus enfermée à l’intérieur : elle descend jusque dans les mains et les pieds.

Puis Rabbi Naḥman cite précisément notre verset :

« Les fleuves frappent des mains », qu’il explique comme une expression de la joie.

Il ajoute immédiatement :

« ensemble les montagnes chantent de joie »,

et rattache cette rina, ce chant, à la prière.

Il apparaît ainsi un mouvement extraordinaire :

la joie du cœur devient mouvement, et le mouvement devient prière.

La joie véritable n’est donc pas seulement une émotion agréable.

Elle peut devenir une force d’Avodat Hachem.

Lorsque l’homme retrouve un peu de joie, il lui devient plus facile de prier, d’étudier, de parler correctement, de recommencer.

À l’inverse, la tristesse excessive rend chaque chose lourde.

Elle murmure :

« À quoi bon ? »

La joie répond :

« Fais encore un pas. »

La joie peut adoucir la rigueur

Rabbi Naḥman va plus loin. Dans un autre enseignement du Likoutey Moharan, il affirme que lorsqu’il existe des Dinim, des rigueurs, la danse et le fait de frapper des mains participent à leur adoucissement.

Il ne faut évidemment pas réduire cet enseignement à un geste mécanique. L’essentiel est le mouvement intérieur qui l’accompagne : la joie sainte, l’Émouna et la volonté de ne pas laisser la rigueur fermer entièrement le cœur.

Cette idée correspond admirablement au contexte de notre verset.

Hachem vient juger.

Et que font les fleuves ?

Ils frappent des mains.

Le jugement et la joie, qui paraissaient incompatibles, se rencontrent.

Cela révèle une conception profonde de la Téchouva.

Lorsque l’homme découvre quelque chose à réparer en lui, il peut réagir uniquement par l’abattement :

« Encore une faute. Encore une faiblesse. Je n’arriverai jamais à changer. »

Mais il peut aussi dire :

« Hachem vient de me permettre de voir ce que je peux réparer. »

La prise de conscience devient alors non pas une condamnation, mais une ouverture.

La véritable joie de la Téchouva n’est pas la joie d’avoir fauté.

Elle est la joie qu’il existe encore un chemin de retour.

Hachem ne nous révèle pas nos défauts pour que nous restions couchés devant eux.

Il nous donne la possibilité de nous relever.

Même ce qui semblait s’opposer peut finalement chanter

Le commentaire Romémot El lit les fleuves du verset comme une allusion aux grandes puissances et aux royaumes de ce monde. Les montagnes représentent également les puissances terrestres et leurs racines supérieures.

Selon cette lecture, la prophétie est extraordinaire :

ceux-là mêmes qui semblaient représenter des forces opposées à la souveraineté de Hachem finiront par reconnaître Sa justice et s’en réjouir.

« Ensemble » les montagnes chanteront.

Ce mot est essentiel.

Aujourd’hui, le monde apparaît fragmenté.

Les peuples s’opposent.

Les intérêts se heurtent.

Les hommes discutent de la vérité.

Même dans l’âme, différentes forces se combattent.

Mais la Guéoula signifie aussi que l’unité cachée de la direction divine deviendra manifeste.

Ce qui paraissait partir dans des directions contradictoires pourra finalement converger vers une même reconnaissance :

Hachem est Roi.

La joie du verset n’est donc pas une joie individuelle seulement.

Elle devient collective.

Les fleuves ne frappent pas chacun isolément dans son coin.

Les montagnes chantent ensemble.

La révélation de Hachem rassemble.

Quand Hachem change le cours de ce qui semblait fixé

Le Malbim voit dans ces fleuves qui frappent des mains une manifestation qui dépasse le fonctionnement ordinaire de la nature. Il rappelle des moments où les eaux elles-mêmes changèrent de comportement devant la volonté divine.

Lorsque les enfants d’Israël entrèrent en Erets Israël, le Jourdain s’arrêta devant l’Arche de l’Alliance :

« Les eaux qui descendaient d’en haut s’arrêtèrent » (Josué 3, 16).

De même, les torrents d’Arnon participèrent à un miracle en faveur d’Israël.

Le fleuve, symbole même d’un mouvement apparemment fixé, proclame alors :

mon cours lui-même n’est pas indépendant de Hachem.

C’est une idée particulièrement importante pour l’homme qui regarde une situation et pense :

« Elle suit son cours. Il n’y a plus rien à faire. »

Il existe effectivement des processus naturels qu’il faut respecter et auxquels nous devons nous adapter avec responsabilité.

Mais l’Émouna refuse de transformer un processus en divinité.

Hachem n’est pas prisonnier du cours du fleuve.

Il peut créer une ouverture là où l’homme ne la voyait pas.

Nous ne savons pas toujours quelle forme prendra Son aide.

Mais nous savons que la situation n’est jamais devenue indépendante de Lui.

Les obstacles peuvent donner une voix au fleuve

Un fleuve parfaitement immobile et sans aucune résistance ferait peu entendre sa présence.

Mais lorsqu’il rencontre des pierres, des différences de niveau et des passages étroits, son eau devient sonore.

Le courant frappe la roche.

Des remous apparaissent.

Et le fleuve produit une voix.

Cette image peut éclairer certaines périodes de la vie.

L’homme aurait préféré un chemin entièrement lisse.

Pourtant, beaucoup de ses prières les plus vraies sont nées précisément au contact d’une difficulté.

Une limite lui a appris à demander.

Une attente lui a appris la patience.

Une chute lui a appris l’humilité.

Une incompréhension l’a obligé à approfondir son Émouna.

Cela ne signifie pas que toute épreuve soit souhaitable ni que nous connaissions la raison de ce qui arrive.

Mais l’homme peut demander :

« Puisque cette pierre se trouve maintenant dans mon chemin, comment puis-je éviter qu’elle arrête tout mon courant ? »

Il peut la transformer en lieu de prière.

L’obstacle n’est alors pas devenu bon en lui-même.

Mais il n’a pas réussi à couper la relation avec Hachem.

Et parfois, c’est précisément à cet endroit que l’âme commence à faire entendre une voix qu’elle ne connaissait pas auparavant.

La joie permet à la prière de s’élever

Rabbi Naḥman relie directement les deux parties du verset :

« Les fleuves frappent des mains » correspond à la joie ;

« ensemble les montagnes chantent » correspond à la prière.

Il enseigne ainsi que par la joie du cœur, l’homme peut prier.

Cette relation est essentielle.

Nous avons parfois l’impression que la prière doit toujours précéder la joie :

je demanderai, Hachem m’exaucera, puis je serai heureux.

Mais Rabbi Naḥman révèle également le mouvement inverse :

cultive la joie pour pouvoir prier.

Trouve un point pour lequel remercier Hachem.

Une Mitsva que tu as encore.

Une bonne action que tu as réussi à accomplir.

La possibilité même de parler à Hachem.

Puis entre dans la prière depuis ce point.

La joie ne remplace pas les demandes.

Elle leur donne du souffle.

Un homme peut pleurer et rester profondément attaché à Hachem.

La joie de la Torah n’interdit pas la douleur.

Elle signifie qu’au fond même de la douleur demeure une certitude :

mon lien avec Hachem n’a pas disparu.

Et cette certitude suffit parfois à empêcher la peine de devenir désespoir.

La joie de la Guéoula déborde sur toute la Création

Le chant des fleuves rejoint plusieurs prophéties dans lesquelles la délivrance d’Israël est décrite comme une joie qui envahit jusqu’au paysage.

Isaïe annonce :

« Car c’est dans la joie que vous sortirez et dans la paix que vous serez conduits ; les montagnes et les collines éclateront devant vous en chants de joie, et tous les arbres des champs frapperont des mains. » (Isaïe 55, 12)

Rabbi Nathan reprend ces versets dans ses prières lorsqu’il demande la délivrance et décrit une joie destinée à grandir dans le monde entier.

La Guéoula n’est donc pas seulement la solution d’un problème particulier.

Elle est la révélation d’une harmonie plus profonde.

Ce que nous entendons aujourd’hui comme des voix séparées deviendra un chant.

Ce qui paraît immobile, comme la montagne, se mettra à chanter.

Ce qui ne possède pas de mains, comme le fleuve, semblera applaudir.

La Création entière deviendra le langage d’une même reconnaissance.

Cela donne une direction à notre propre Avodat Hachem.

Chaque fois que nous introduisons davantage de paix entre deux personnes, davantage de gratitude dans une maison, davantage de joie dans une Mitsva ou davantage d’unité dans notre propre cœur, nous faisons déjà apparaître une petite parcelle de ce monde futur.

Ne confonds pas la joie avec une vie sans obstacles

Le fleuve donne finalement une définition très importante de la joie.

Il ne frappe pas des mains parce qu’il ne rencontre rien sur son chemin.

Il continue à avancer.

La joie juive n’est donc pas l’idée naïve que tout doit être facile.

Elle est la capacité à conserver un mouvement vers Hachem même lorsque tout n’est pas encore résolu.

Une personne peut avoir une difficulté réelle et remercier malgré tout pour un autre domaine de sa vie.

Elle peut attendre une délivrance et accomplir une Mitsva avec joie aujourd’hui.

Elle peut pleurer pendant une prière et sortir de cette prière avec plus d’espérance qu’avant.

Il existe une joie qui vient après la délivrance.

Et il existe une joie qui aide à tenir jusqu’à la délivrance.

Cette deuxième joie est parfois l’une des formes les plus courageuses de l’Émouna.

Le fleuve la connaît.

Il ne s’arrête pas devant chaque pierre en demandant pourquoi le lit n’est pas parfaitement droit.

Il continue vers sa destination.

Et son mouvement devient lui-même un chant.

Sache donc, âme précieuse, que lorsque les fleuves proclament : « Les fleuves frappent des mains, ensemble les montagnes chantent de joie », ils t’enseignent que ton chemin vers Hachem ne doit pas attendre que toutes les pierres aient disparu. Continue à couler. Lorsque ton cœur devient lourd, cherche un seul point de joie véritable : une Mitsva que tu peux encore accomplir, une bonté reçue, la possibilité de recommencer, le simple fait que Hachem t’écoute encore lorsque tu L’appelles. Rabbi Naḥman révèle que « les fleuves frappent des mains » est précisément la joie, et que de cette joie naît ensuite le chant de la prière. Ne considère donc pas la joie comme une récompense réservée au jour où tous tes problèmes seront résolus ; utilise-la aussi comme une force pour traverser ce qui ne l’est pas encore. Si une pierre se trouve dans ton courant, demande comment la contourner, comment en faire une prière, comment continuer malgré elle. Et lorsque tu tombes, souviens-toi que le jugement de Hachem n’est pas venu pour t’enfermer dans ton échec, mais pour t’ouvrir un chemin de Téchouva. Un jour, la joie de la Guéoula sera si grande que fleuves et montagnes sembleront chanter ensemble. En attendant ce jour, commence déjà à préparer ce chant dans ton propre cœur : avance, remercie, prie, recommence, et transforme chaque petit mouvement vers Hachem en une nouvelle note de joie, jusqu’à ce que ton existence tout entière devienne un fleuve qui court vers sa Source dans la confiance, l’Émouna et la profonde sérénité.