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L’ÉPI DE BLÉ

Le blé, qui est enfoui dans la terre, symbolise l’appel à Hachem depuis les profondeurs.

L’ÉPI DE BLÉ DIT : « Cantique des degrés. Du fond des abîmes, je T’ai appelé, Hachem. »

Leçons du cœur

Contemple le secret de l’élévation qui naît de la dissimulation et de l’enfouissement, car l’épi de blé nous enseigne que pour grandir et produire du fruit, le grain doit d’abord pourrir dans la terre et se trouver dans une situation de « profondeurs ».

L’enseignement profond qui se trouve ici est que ce sont précisément les épreuves et les endroits difficiles et bas qu’un homme traverse qui deviennent le terreau et la force lui permettant de s’élever dans les degrés de la sainteté.

L’essentiel du renforcement consiste à savoir qu’aucune chute n’est dépourvue d’une préparation à l’élévation. Plus l’appel qui monte des profondeurs est puissant, plus le fruit qui en sortira pourra être nourrissant et saint.

Sache que le Créateur entend le cri du blé enfoui sous la motte de terre, et que c’est Lui qui le fait sortir vers la lumière.

Au moment où tu transformeras tes détresses en « Cantique des degrés » et que tu croiras que même dans l’obscurité une bénédiction est enfouie en toi, ton âme connaîtra une croissance solide et nourrissante, et tu mériteras d’être comme le pain de proposition devant Hachem.

Mon cœur Te parle

Maître du monde, « Du fond des abîmes, je T’ai appelé, Hachem ». Je T’en prie, Hachem, aide-moi à croire d’une foi parfaite que toutes les descentes et les bouleversements que je traverse ne sont que le chemin vers l’élévation, comme le grain de blé qui pousse précisément depuis la terre. Accorde-moi de trouver « l’élargissement » au sein même de la « détresse », et de savoir que même au milieu des difficultés et des souffrances, Tu es présent et Tu prépares pour moi une délivrance merveilleuse.

Accorde-moi, par le trésor du don gratuit, le mérite de transformer l’obscurité en une grande lumière et le cri en « Cantique des degrés ». Accorde-moi de purifier ma matérialité jusqu’à devenir un réceptacle digne de la « lumière du visage », et que ma vitalité soit à l’image du « pain de proposition » — dans la sainteté, la pureté et l’annulation du sentiment de « je » et d’existence propre. Élève-moi des profondeurs de la mer et de la boue fangeuse, et fais de moi un épi lumineux qui pousse à travers les difficultés afin de se glorifier devant Toi pour l’éternité. Amen.

L’œuvre de Tes mains

Le blé est la seule céréale dans la nature qui contient un mélange particulier de protéines, le gluten, permettant à la pâte de devenir élastique et de retenir en elle des bulles d’air.

Sans cette structure moléculaire, le pain ne pourrait pas lever et resterait aussi dur qu’une pierre.

Le blé présente également une « hérédité complexe » remarquable : la science a découvert que le génome — l’ensemble de l’ADN — du blé moderne est environ cinq fois plus grand et plus complexe que celui de l’être humain.

Cette extraordinaire richesse génétique lui permet de s’adapter à une immense variété de climats et de contribuer à nourrir une grande partie de l’humanité.


ÉTUDE APPROFONDIE

AU CŒUR DES MOTS

Le chant de l’élévation commence tout en bas

Contemple le secret d’une élévation qui commence précisément dans les profondeurs, car les premiers mots du verset semblent presque contradictoires.

« Cantique des degrés » évoque une montée.

Puis immédiatement :

« Du fond des abîmes… »

La montée commence en bas.

L’épi de blé convient admirablement à cette image. Avant de se dresser au-dessus du champ, le grain est placé sous la terre. Il disparaît au regard, demeure caché, puis commence lentement à pousser jusqu’à devenir un épi chargé de nourriture.

Ainsi, certaines élévations de l’âme commencent dans un endroit qui ne ressemble pas encore à une élévation.

Une période de faiblesse.

Une prise de conscience.

Un manque.

Une prière prononcée alors que l’homme ne sait plus comment avancer.

Le psaume ne dit pas :

« Lorsque je serai sorti des profondeurs, je T’appellerai. »

Il dit :

« Du fond des abîmes, je T’ai appelé. »

La prière commence avant la délivrance.

La profondeur peut devenir un lieu de rencontre

L’homme pense facilement :

« Lorsque ma situation ira mieux, je pourrai servir Hachem correctement. »

« Lorsque je serai plus fort, je prierai mieux. »

« Lorsque j’aurai résolu mes problèmes, je retrouverai ma Torah. »

Mais l’épi de blé proclame exactement l’inverse :

appelle Hachem depuis l’endroit où tu te trouves maintenant.

La profondeur n’est évidemment pas désirable en elle-même.

La souffrance reste une souffrance.

La faute doit être réparée.

La confusion demande parfois une aide concrète.

Mais aucune de ces réalités ne t’interdit de parler à Hachem.

Tu n’as pas besoin d’attendre d’être revenu à la surface pour commencer à prier.

Il existe une prière de la hauteur, et il existe une prière des profondeurs. Toutes deux peuvent monter.

Le Malbim : du bas naît le désir de monter

Le commentaire déjà retenu dans notre étude, suivant le Malbim, comprend les « profondeurs » comme l’état où l’homme ressent à la fois son abaissement extérieur et son éloignement intérieur.

C’est précisément de là que naît l’appel.

Celui qui se croit totalement autosuffisant peut ne ressentir aucun besoin de lever les yeux.

Mais lorsque l’homme découvre ses limites, il peut enfin dire avec vérité :

« Hachem, j’ai besoin de Toi. »

Cette reconnaissance n’est pas une faiblesse spirituelle.

Elle peut devenir le commencement d’une relation plus vraie.

L’épi ne pousse pas parce qu’il prétend être déjà arrivé à maturité.

Il pousse parce qu’il reçoit.

De la terre.

De l’eau.

De la lumière.

L’âme aussi grandit lorsqu’elle cesse de croire qu’elle doit tout produire seule.

Le Zohar : prier « du fond du cœur »

Le Zohar cite directement :

« Du fond des abîmes, je T’ai appelé, Hachem »

et enseigne que celui qui se tient en prière devant le Roi doit demander du fond du cœur, me‘oumka deliba, afin que son cœur soit entièrement tourné vers Hachem.

Voilà une définition très profonde de la prière.

La profondeur n’est donc pas seulement la profondeur d’un problème.

Elle est aussi la profondeur de l’homme.

On peut prononcer des mots avec les lèvres tout en demeurant extérieurement à ce que l’on dit.

Et il existe des moments où une seule phrase sort véritablement du fond du cœur :

« Hachem, aide-moi. »

« Pardonne-moi. »

« Ne me laisse pas m’éloigner. »

« Donne-moi la force de recommencer. »

Une telle phrase peut contenir davantage de vérité intérieure que beaucoup de paroles dites machinalement.

La prière profonde n’est pas nécessairement longue. Elle est entière.

Lorsque tu ne sais plus quoi dire

Il existe justement des moments où l’homme souffre tellement qu’il ne parvient plus à formuler une belle prière.

Rabbi Nathan décrit cette situation dans le Likoutey Tefillot.

Il parle d’une détresse où l’homme ne sait plus quelle voie ni quel conseil peuvent le sauver, où même la parole semble être tombée en exil.

Et c’est précisément alors qu’il reprend :

« Du fond des abîmes, je T’ai appelé, Hachem. Hachem, écoute ma voix. »

C’est un enseignement précieux.

Tu n’as pas besoin de produire un discours parfait pour être entendu.

Tu peux dire :

« Hachem, je ne sais même pas comment Te parler. »

Cette parole elle-même est déjà une parole.

Tu peux dire :

« Je n’arrive pas à prier. »

Et cette phrase elle-même peut devenir prière.

Lorsque tout le langage s’effondre, le cri vers Hachem peut encore demeurer.

Le grain disparaît avant que l’épi apparaisse

Lorsqu’un grain est semé, celui qui ne connaît pas le processus pourrait croire qu’il a été perdu.

Il n’est plus visible.

On ne peut plus le reprendre tel qu’il était.

Et pourtant cette disparition prépare une forme nouvelle.

Il existe dans la vie des périodes où l’homme ne se reconnaît plus exactement.

Un ancien équilibre s’est défait.

Une certitude a disparu.

Une étape est terminée.

Il ne sait pas encore ce qui va pousser à la place.

Il faut être prudent : nous ne savons pas pourquoi chaque épreuve arrive ni ce qu’elle produira.

Mais le blé nous apprend au moins à ne pas confondre invisible et inutile.

Ce qui se trouve sous terre n’a pas nécessairement cessé de vivre.

Certaines transformations travaillent longtemps avant de pouvoir être vues.

La prière n’a pas besoin de cacher la douleur

Le psaume ne commence pas par une formule de victoire.

Il commence dans les profondeurs.

Cela signifie que la Torah permet à l’homme de parler depuis sa peine.

Il n’a pas besoin de prétendre :

« Tout va bien »

lorsque ce n’est pas ce qu’il ressent.

Il peut dire à Hachem :

« J’ai peur. »

« Je suis fatigué. »

« Je ne comprends pas. »

« Je suis déçu de moi-même. »

« J’attends depuis longtemps. »

La foi ne consiste pas à masquer la profondeur.

Elle consiste à ne pas y rester seul.

L’homme croyant peut pleurer et croire.

Questionner et prier.

Ne pas comprendre et continuer à appeler.

« Du fond des abîmes » est précisément la Torah d’une parole vraie devant Hachem.

Les profondeurs de la faute peuvent devenir Téchouva

Le psaume poursuit :

« Si Tu gardais le souvenir des fautes, Hachem, qui pourrait subsister ? Mais le pardon est auprès de Toi, afin que l’on Te révère. » (Psaumes 130, 3-4)

Les profondeurs peuvent donc également être celles de la faute.

L’homme a mal agi.

Il en prend conscience.

Il éprouve honte et regret.

Deux chemins s’ouvrent alors.

Le premier dit :

« Puisque je suis tombé, je ne peux plus me présenter devant Hachem. »

Le psaume ouvre le second :

« C’est précisément depuis cet endroit que je vais appeler Hachem. »

La Téchouva ne commence pas lorsque l’homme peut prétendre n’avoir jamais chuté.

Elle commence lorsqu’il transforme sa chute en appel sincère.

Le verset suivant ne parle pas d’un Hachem qui attend seulement de condamner.

Il dit :

« Le pardon est auprès de Toi. »

Voilà pourquoi les profondeurs ne sont pas nécessairement la fin.

Ne transforme pas le regret en désespoir

Reconnaître une faute est sain.

Se convaincre que l’on est désormais incapable de revenir ne l’est pas.

Le désespoir peut prendre une apparence d’humilité :

« Je ne vaux rien. »

Mais il peut en réalité empêcher la Téchouva.

Le Psaume 130 enseigne un équilibre beaucoup plus vrai.

Je reconnais la profondeur.

Je ne nie pas mes fautes.

Mais je continue à appeler.

Pourquoi ?

Parce que le pardon existe.

Le regret doit ouvrir la porte du retour, pas fermer la porte de la prière.

C’est encore l’image du blé.

Le grain descend.

Mais son orientation est déjà vers la remontée.

Ce qui nourrit le monde commence dans un endroit caché

Le blé possède une dignité particulière parmi les végétaux : il devient le pain qui accompagne l’homme quotidiennement.

Mais cette nourriture si fondamentale commence par un processus humble.

Un grain.

De la terre.

Du temps.

De l’eau.

Puis seulement viennent l’épi, la récolte, le broyage, la pâte et le pain.

Le produit final peut faire oublier toutes les étapes invisibles qui l’ont précédé.

Il en va de même de beaucoup de constructions humaines.

Une famille solide est faite de milliers de petites fidélités invisibles.

Une connaissance de Torah, de centaines d’heures dont personne ne parlera.

Une Mida transformée, de nombreuses luttes discrètes.

Une prière profonde, parfois de longues années de recherche.

Ne méprise pas l’étape qui ressemble encore seulement à un grain.

Hachem sait ce qu’elle peut devenir.

Le blé doit recevoir avant de pouvoir nourrir

L’épi deviendra nourriture.

Mais avant de nourrir, il doit lui-même recevoir.

La pluie.

Le soleil.

La terre.

Cela enseigne une vérité importante à celui qui veut beaucoup donner aux autres.

Tu ne peux pas continuellement nourrir sans recevoir toi-même.

Celui qui enseigne doit continuer à étudier.

Celui qui soutient les autres doit parfois être soutenu.

Celui qui donne beaucoup doit préserver un espace pour renouveler ses forces.

Spirituellement aussi, vouloir toujours être fort peut devenir une forme d’orgueil.

Il existe un moment pour être l’épi qui nourrit.

Et un moment pour être la graine qui dit :

« Hachem, j’ai besoin de recevoir. »

Les deux appartiennent au service.

Le Zohar : les « profondeurs » sont aussi une source élevée

Le Zohar donne encore une lecture plus mystérieuse au mot « profondeurs ».

Il ne les comprend pas seulement comme un lieu inférieur, mais également comme une profondeur cachée d’où peuvent jaillir les sources de bénédiction.

Sans entrer ici dans les notions kabbalistiques, cela nous permet d’entendre le verset d’une manière supplémentaire.

Le mot « profondeur » ne signifie pas toujours simplement « plus bas ».

Il peut désigner ce qui est plus intérieur, plus caché, plus difficile à atteindre.

Ainsi :

« Du fond des abîmes, je T’ai appelé »

peut aussi vouloir dire :

« Je ne T’appelle pas seulement depuis la surface de mon être. Je Te cherche depuis l’endroit le plus profond que je possède. »

La véritable prière creuse sous les habitudes.

Sous les formules.

Sous ce que l’homme montre aux autres.

Jusqu’à atteindre ce qu’il veut réellement devant Hachem.

La prière profonde peut faire descendre une bénédiction

Dans un autre passage, le Zohar enseigne que lorsque l’homme veut attirer la bénédiction, sa prière doit venir avec désir et intention du cœur, en puisant dans cette profondeur évoquée par :

« Du fond des abîmes, je T’ai appelé, Hachem. »

L’image rejoint merveilleusement le blé.

La graine descend dans la profondeur.

Puis la bénédiction monte sous forme d’épi.

La prière descend au plus profond du cœur.

Puis elle s’élève vers Hachem.

Nous ne savons pas comment chaque prière sera exaucée.

Nous ne pouvons pas promettre qu’elle produira exactement le résultat demandé.

Mais aucune prière sincère n’est rendue insignifiante par le fait qu’elle fut prononcée depuis un endroit de faiblesse.

Parfois, c’est précisément la profondeur qui donne à l’appel toute sa vérité.

« J’espère en Hachem »

Le psaume poursuit :

« J’espère en Hachem, mon âme espère, et j’attends Sa parole. » (Psaumes 130, 5)

Après le cri vient l’attente.

Voilà une autre qualité du grain.

On ne sème pas le matin pour récolter le soir.

Il existe une période entre la prière et le fruit.

Cette période peut être difficile.

L’homme a parlé.

Il a demandé.

Rien ne semble encore avoir changé.

Le psaume lui enseigne alors une deuxième Avoda :

espérer.

L’espérance n’est pas la certitude que Hachem fera exactement ce que j’ai décidé.

Elle est la certitude que mon histoire n’est pas abandonnée parce que je ne vois pas encore la suite.

Je peux continuer à agir.

À demander conseil.

À travailler.

Et à attendre Hachem.

Plus que les gardiens n’attendent le matin

David poursuit :

« Mon âme attend Hachem plus que les gardiens n’attendent le matin. » (Psaumes 130, 6)

Le gardien sait que la nuit possède une fin.

Il ne sait peut-être pas comment se déroulera chaque minute avant l’aube.

Mais il attend le matin.

L’épi de blé possède la même patience.

Il ne sort pas de la terre avant son temps.

Cette image peut soutenir l’homme dans les périodes où il n’a aucune accélération possible.

Il existe des choses que l’on peut corriger immédiatement.

Et d’autres que l’on ne peut qu’accompagner fidèlement jusqu’à leur maturation.

Attendre Hachem n’est pas abandonner l’action. C’est agir sans exiger de contrôler l’heure du matin.

Des profondeurs personnelles aux profondeurs de l’exil

Le psaume ne demeure pas une prière individuelle.

Il s’élargit soudain :

« Israël, espère en Hachem, car auprès de Hachem est la bonté et abondante auprès de Lui est la délivrance. Et Lui délivrera Israël de toutes ses fautes. » (Psaumes 130, 7-8)

Le « je » des profondeurs devient finalement Israël.

C’est une progression magnifique.

Une personne appelle depuis son propre abîme.

Puis elle découvre que son histoire appartient à une histoire plus grande.

Israël tout entier connaît l’attente.

Les exils.

Les fautes.

Les retours.

Les générations qui ont prié sans voir encore l’accomplissement.

Et pourtant le psaume se termine par la délivrance.

Le chant des profondeurs est déjà un chant de Guéoula.

Non parce que l’exil serait déjà terminé.

Mais parce qu’au fond même de l’exil Israël continue à appeler Hachem.

La graine d’Israël traverse la terre sans perdre son identité

L’histoire juive possède elle aussi quelque chose du grain.

Israël a été enfoui, pour ainsi dire, sous de nombreux exils.

Dispersé.

Parfois invisible aux yeux du monde.

On aurait pu croire que l’identité finirait par se dissoudre.

Pourtant quelque chose continuait à vivre.

La Torah.

La prière.

Le Chabbat.

La langue des Psaumes.

Le désir de Jérusalem.

Comme une graine qui conserve sa force sous la terre, Israël a gardé en lui un point orienté vers la croissance future.

La Guéoula révèle que l’enfouissement n’était pas l’annulation.

Le grain caché était encore vivant.

Lorsque tu touches le fond, cherche au moins la direction du haut

L’épi de blé donne finalement un conseil d’une extrême simplicité.

Lorsque tu ne peux pas encore sortir de la profondeur, tourne-toi au moins dans la bonne direction.

Tu n’as peut-être pas la force de résoudre tout aujourd’hui.

Mais tu peux appeler.

Tu peux demander de l’aide.

Tu peux faire une Mitsva.

Tu peux prononcer un Psaume.

Tu peux dire à Hachem une seule phrase véritable.

La graine sous terre ne voit pas encore le ciel.

Et pourtant toute sa croissance est orientée vers lui.

Tu n’as pas besoin d’être déjà sorti de l’obscurité pour commencer à pousser vers la lumière.

Sache donc, âme précieuse, que lorsque l’épi de blé proclame : « Cantique des degrés. Du fond des abîmes, je T’ai appelé, Hachem », il t’enseigne que ta profondeur n’annule jamais ton droit de parler à Hachem. Bien au contraire, le Zohar enseigne que la véritable prière doit monter “du fond du cœur”, depuis l’endroit où le désir devient entier et où l’homme cesse de se cacher derrière des paroles extérieures. Si tu traverses une période où tu ne sais même plus comment prier, apprends de Rabbi Nathan : on peut dire à Hachem que la parole elle-même est devenue difficile, puis appeler malgré tout “des profondeurs”. Ne cherche pas toujours une belle formule. Donne-Lui une parole vraie. Et si la profondeur vient d’une faute, ne transforme pas le regret en désespoir, car le même psaume proclame : “Auprès de Toi est le pardon.” La Téchouva commence précisément lorsque l’homme refuse de faire de sa chute son dernier endroit. Regarde alors l’épi de blé : avant de devenir nourriture, le grain est caché sous la terre ; il reçoit silencieusement ce dont il a besoin jusqu’au jour où il se redresse et porte du fruit. De même, ne juge pas toutes les étapes de ta vie uniquement selon ce qui apparaît aujourd’hui. Continue à semer de la Torah, de la prière, de la patience et des Mitsvot, même lorsque tu ne vois pas encore l’épi. Puis apprends à attendre : “J’espère en Hachem, mon âme espère.” Tu ne maîtrises pas toujours l’heure de la germination ni celle du matin. Mais tu peux garder ton orientation. Et lorsque ta prière personnelle paraît petite, souviens-toi que le psaume s’achève sur Israël tout entier et sur sa délivrance : chaque appel sincère depuis l’exil rejoint le grand appel d’un peuple qui n’a jamais cessé de lever les yeux depuis ses profondeurs. Ainsi, même l’endroit le plus bas peut devenir le commencement d’un Cantique des degrés, jusqu’au jour où ce qui fut semé dans les larmes se dressera comme un épi plein, dans la Guéoula, la confiance et la profonde sérénité.